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Ahmosis

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Le temps des Pyramides

Articles égyptologiques et échos des "pyramidiots"
December 01

LES TOMBES DES BÂTISSEURS DES PYRAMIDES

Les tombes des bâtisseurs

Par Jean-Pierre Lastrajoli©

 

 

Les tombes de la Vallée des Rois, de la Vallée des Reines ou celles des notables ne nous renseignaient que sur les classes sociales les plus élevées. Or, la plus grande partie de la population était représentée par les paysans et les ouvriers. Pour eux, nul découverte ne nous indiquait quel était leur régime alimentaire, la façon dont ils étaient traités, du fait de l’absence de momification et, à vrai dire, de nécropole d'une population donnée.

 

Le 14 avril 1990, un touriste américain fit une chute de cheval lorsque celui-ci butta sur un mur de briques en terre crue, enfoui jusque-là et situé au sud du Mur du Corbeau. Ce mur de briques se révéla être une tombe, avec une vaste chambre voûtée et deux portes fausses.

Une grossière inscription hiéroglyphique donnait le nom des propriétaires de  la tombe : Ptah-shepsesou et son épouse. À l'arrière de la chambre se trouvaient trois puits funéraires et devant la tombe s’étendait une cour carrée avec des murs bas en éclats de calcaire. Rattachés à cette tombe, on trouvait de petits puits funéraires de ceux qui travaillèrent sous les ordres de Ptah-shepsesou.

Le style n’était pas celui des mastabas en pierre des nobles à côté des pyramides, même si la tombe était une des plus grandes de la nécropole exhumée par la suite. Des morceaux de granit, de basalte et de diorite, – des pierres employées dans les temples des pyramides –, étaient incorporés dans les murs. Ces matériaux permettaient de penser qu’au moins une partie des tombes de cette nouvelle nécropole pourraient appartenir aux bâtisseurs des pyramides et des temples.

La partie inférieure du cimetière contenait près de 600 tombes pour des ouvriers et 30 plus grandes pour des contremaîtres. Les tombes existent dans des formes variées : dômes à étages, nids d’abeilles et toits à pignons.

Beaucoup de portes fausses et quelques stèles rattachées à ces tombes ont été exhumées. Gravées de hiéroglyphes grossiers, elles donnent les noms des propriétaires des squelettes retrouvés à l’intérieur : Khemenou devant son épouse, Tep-em-nefret ; Hetep-repyt (Offrant à la Déesse qui Préside, ou Hathor) ; Hy, la prêtresse d’Hathor, la Dame du Sycomore du Sud, et son fils Khouwy. Les épouses des bâtisseurs semblaient servir comme prêtresses d'Hathor, et l’équivalent d’Horus, dieu de la barque du Roi.

Des petites figurines en pierre, dans une niche rectangulaire rattachée à un petit mastaba de briques en terre crue, représentent un couple de ces ouvriers : une femme assise avec ses mains sur les genoux, Hepeny-kaoues, son mari, Kaihep et une femme agenouillée, probablement une domestique, en train de moudre des céréales. Les statues représentent une maisonnée simple : un homme, une femme et une domestique.

Deux femmes possédaient leurs propres tombes séparées : Repyet-hathor, une prêtresse d'Hathor, et Noubi, prêtresse de Neith, la déesse de Saïs, dont la tombe était plus grande que la première.

 

Depuis la nécropole inférieure, une rampe menait à un niveau plus élevé d’inhumations. Ces 43 tombes situées en hauteur, se révélèrent plus complexes. Beaucoup  d’entre elles sont taillées dans la roche, ou possèdent une façade en pierre devant la paroi d’une falaise basse. Les autres sont édifiées en calcaire ou en briques en terre crue dans le style mastaba. Les objets et statues sont de meilleure qualité dans ces tombes, et les fausses portes peintes de facture supérieure aux tombes inférieures. Les restes des squelettes, la plupart en position fœtale, se trouvaient, pour beaucoup, dans des cercueils en bois.

Des titres comme "le superviseur du versant de la pyramide", "le directeur des dessinateurs", "le superviseur de la maçonnerie", "le directeur des ouvriers" et "l'inspecteur des artisans" indiquaient le statut plus élevé des défunts, le titre le plus important de tous étant "le directeur des travaux du roi". Beaucoup sont donc les tombes des artisans qui conçurent et décorèrent les complexes des pyramides, et des fonctionnaires qui ont contrôlé leur édification.

Une deuxième rampe plus courte montrait des poteries datant de la fin de la 4ème Dynastie et du début de la 5ème. Une empreinte d’un sceau se lisait Djed-khâou, un des noms officiels de Djedkarê Isesi, un pharaon de la 5ème Dynastie. Ceci indiquerait que la plupart des tombes dateraient de quelques générations après celles des rois bâtisseurs des pyramides de Gizeh.

À la fin de la deuxième rampe on arrivait à un tombeau et, non loin, se trouvait une pièce taillée dans le substrat rocheux. A l’intérieur, il y avait une tombe intacte avec des poteries, celle d’Inty-shedou, qui fait l’objet d’un article à part.

La tombe de Néfer-theith et de son épouse Néfer-hetepes, bien que simple, contient trois fausses portes en calcaire, ainsi que des stèles au nom du défunt, de ses deux femmes et de ses 18 enfants. Les fausses portes de son tombeau sont uniques pour leurs scènes de mouture du grain et de fabrication de la bière et du pain.

Néfer-theith était-il le superviseur de la boulangerie récemment trouvée par Mark Lehner ? Sur la porte fausse de Néfer-hetepes, son épouse principale, se trouve une liste qui enregistre des offrandes de natron, d'huile, d’encens, de kohl, 14 sortes de pain, des gâteaux, des oignons, du bœuf, des céréales, des figues et d'autres fruits, de la bière et du vin. Néfer-hetepes détenait le titre "une connaissance du roi, la tisserande".

Dans une autre tombe, Petety et son épouse Nesy-Sokar sont représentés séparément. Prêtresse de la déesse Hathor, Nesy-Sokar est aussi décrite comme la bien-aimée de la déesse Neith. Elle porte une robe serrée qui laisse les seins nus, un collier et un pectoral. Ses cheveux sont divisés sur le devant et l’arrière de ses épaules. De chaque côté de l'entrée de la tombe, on peut lire des malédictions hiéroglyphiques destinées à décourager les voleurs :

Écoutez chacun d’entre vous! Le prêtre d'Hathor battra deux fois chacun d’entre vous qui entrera dans cette tombe ou lui nuira.

Les dieux l'affronteront parce que je suis honoré par son Seigneur.

Les dieux ne permettront pas que quoi que ce soit m’arrive.

N’importe qui fera une mauvaise chose à mon tombeau, alors (le) crocodile, (l’) hippopotame et le lion le mangeront.

 

En se basant sur les poteries, les noms et titres trouvés en relation avec les tombes, la nécropole semble être utilisée à compter du règne de Khéops, durant la 4ème Dynastie, jusqu’à la fin de la 5ème Dynastie, donc d’environ 2551 à 2323 avant notre ère. La nécropole semble être l’équivalent de la celle du Nouvel Empire, un millénaire plus tard, à Deir el-Médineh.

 

Zahi Hawass estimait avoir retrouvé en 2004, 20% des tombes des bâtisseurs enfouies sous le sable. Aucun ouvrier n'était momifié, cette prérogative semblant appartenir aux rois et à la noblesse, et la technique étant d’un coût trop élevé pour la plus grande partie de la population.

Mais, les restes de squelettes apportent beaucoup de renseignements sur la vie bâtisseurs. Leur étude révèle que les hommes et les femmes sont présents en proportion quasiment égale, principalement inhumés en position fœtale, la tête au nord et le visage tourné vers l'est. Les hommes sont morts dans la tranche d'âge de 30 à 35 ans. Une mortalité plus précoce, fréquemment au-dessous de 30 ans, est à noter chez les femmes, conséquence des dangers de l'accouchement.

Par comparaison, les squelettes de la grande nécropole à l'ouest de la pyramide de Kheops, où l’on inhumait les membres de la classe dominante, démontrent un meilleur état sanitaire de la population et les femmes vivaient en moyenne de cinq à dix ans de plus.

L'arthrite déformante touchait les genoux et la colonne vertébrale, en particulier dans la région lombaire. La fréquence de ce problème était bien plus élevée et les problèmes beaucoup plus sérieux que pour les squelettes de la classe dominante. Les squelettes des hommes comme ceux des femmes démontraient des signes d’un travail de force, surtout dans la partie inférieure de la nécropole des ouvriers.

Les os présentaient des fractures simples et multiples des membres, - les plus fréquentes étant celles du cubitus et du radius, les os de l’avant-bras, ainsi que du péroné, le plus fragile des os de la jambe -. Or, chose révélatrice, la plupart des fractures montraient une guérison, avec un bon réalignement de l'os, ce qui prouvaient que les fractures avaient été réduites avec une attelle.

Pour deux hommes, on avait la preuve d’une amputation, d'un pied gauche et d’un bras droit, dont les extrémités cicatrisées des os indiquaient que l’opération avait été un succès. On connaît peu d'autres cas d'amputation dans l'archéologie égyptienne. Des fractures réduites des os frontaux ou pariétaux, chez les représentants des deux sexes, indiquent le niveau des soins donnés aux ouvriers des pyramides.

 

La construction des pyramides était certainement un projet national et le monument grandiose symbolisait la magnificence du roi et la puissance de l’Egypte. D’un point de vue religieux, il était essentiel pour le pharaon d’édifier un tombeau, afin d’assurer sa renaissance en tant que dieu pour sa dans l’au-delà, et ainsi contribuer au maintien de l’ordre universel.

 

Chaque foyer de Haute et de Basse Egypte, participait à la construction, soit par l’envoi d’aliments, soit de main d'oeuvre. A partir des inscriptions hiéroglyphiques des tombes, il semblerait bien que des bâtisseurs les plus habiles et les artisans travaillaient durant toute l'année au chantier de la pyramide, tandis que les paysans des villages assuraient une main-d'œuvre par rotation. La main-d'oeuvre atteignait son niveau le plus élevé, durant l'Akhet, la saison de l'inondation, tandis que les champs se trouvaient sous les eaux bienfaitrices du Nil.

 

 

Le projet de chacune des pyramides depuis celle de Djéser a dû contribuer à l’unification sociale et artistique, ce qui ne veut pas dire uniformisation. Les ouvriers qui venaient jusqu’à Gizeh, s’en retournaient ayant échangés des idées avec d’autres sujets du roi venus d’horizons différents, contribuant à un brassage des cultures.

 

Les savants savaient depuis longtemps que, durant 80 années, un gigantesque système de soutien avait dû exister pour le projet de Gizeh. Un tel soutien comprenait des équipements pour la production de l'alimentation, de la céramique et des matériels de construction (gypse, mortier et pierre, bois et métal).

Les secteurs des magasins pour l'alimentation et autres approvisionnements, ainsi que les logements des ouvriers, étaient tous sur le site de Gizeh. Pourtant trois générations de bâtisseurs de pyramides semblaient s’être évanouies sans laisser de trace, ce qui accréditait la thèse de la saisonnalité absolue du travail.

Les vestiges de la ville où la main-d'oeuvre permanente des artisans et des surveillants de la pyramide vécurent, ainsi que la partie où résidaient et étaient nourris les ouvriers temporaires, tout comme l’immense nécropole sont venus apporter un éclairage nouveau sur cette période.

 

Le projet de la pyramide n'était pas qu’un simple tombeau, issu de la simple mégalomanie d'un souverain, mais aussi une institution religieuse dépendant seulement du soutien des foyers de toute l’Egypte qui contribuaient à alimenter une main-d'oeuvre, qu’on estime entre 10.000 et 20.000 personnes, donc assez loin des 100.000 que dépeignait Hérodote.

 

Mark Lehner, a trouvé la preuve que les Egyptiens abattaient quotidiennement 11 vaches et 33 chèvres. Donc, les ouvriers qui déplaçaient les pierres de la Pyramide mangeaient de la viande chaque jour, tout comme ils buvaient de la bière. Mark Lehner a trouvé des équipements pour confectionner du pain, près des galeries.

Des arêtes en très grande quantité ont été découvertes près des boulangeries d’où l’on peut déduire que le poisson-chat du Nil et le synodonte formaient de même une partie régulière de leur régime. Enfin des fragments de poteries importées de Palestine, sembleraient indiquer que l'on donnait également aux ouvriers de l'huile d'olive importée de l'Asie Occidentale.

 

On a retrouvé la trace de dortoirs logeant chacun jusqu'à 55 ouvriers temporaires, avec la maison d'un surveillant derrière chaque dortoir. On peut estimer que le nombre de ces ouvriers, étaient d’au moins 2.000, et qu’ils mangeaient dans une salle garnie de piliers, dont les vestiges ont été trouvés par Mark Lehner à l'est des galeries. La restauration collective n’est donc pas une idée récente.

Au nord du campement des ouvriers se trouvait un village, où les artisans étaient logés avec leur famille. Chaque maison consistait en une pièce pour stocker le matériel, une cour pour travailler à la lumière du jour, des chambres, un "séjour" et une cuisine.

 

La main-d'oeuvre représentait 20.000 à 30.000 ouvriers, divisés en équipes de 1.000 chacune. Celles-ci étaient ensuite divisées en groupes de 200 ouvriers, qui étaient subdivisées en "équipages" de 10 ou de 20 ouvriers. Chaque équipage avaient un surveillant et portaient des noms tels que "les Amis de Menkaurê" ou "les Ivrognes de Menkaurê", noms qu’on a retrouvé dans les carrières et dans la pyramide de Menkaurê (le Mykérinos des grecs).

 

Le secteur des boulangeries, fouillé par Mark Lehner, fera l’objet d’un article séparé, tout comme la tombe particulière de Ny-sout-ousret et celle d’Inty-shedou.

November 30

REPONSE A L'ETUDE GEOLOGIQUE DU SPHINX

Vestiges d'une Civilisation Perdue ?
par ZAHI HAWASS & MARK LEHNER
Traduit par Jean-Pierre Lastrajoli©




L'auteur John Anthony West et le géologue de l'Université de Boston Robert Schoch soutiennent que l’érosion des couches du Membre II  indique que le Sphinx a été construit entre 5.000 et 7.000 av. JC.

 

Si des égyptologues ont tendance à ignorer West et Schoch, c’est parce que tous deux ignorent principalement les témoignages de la société égyptienne de l’Ancien Empire qui entourent le Sphinx, concluant que le monument doit être le vestige d'une civilisation beaucoup plus ancienne, par ailleurs inconnue en archéologie.

 

Ils n'expliquent pas comment leur civilisation perdue a disparu du passé archéologique, ni comment la société de l’Ancien Empire de Kheops, Khephren et leur cohorte est si abondamment représentée dans ce passé.

Ils n'expliquent non plus ce qui est arrivé à cette civilisation disparue pendant les milliers d'années entre leurs mystérieux édificateurs du Sphinx et l’Ancien Empire (2575-2134 av. JC). Mis à part ces problèmes, le cas de West-Schoch est boiteux sur les détails qu'ils citent à propos de l'érosion du Sphinx.

Au cours du projet du Sphinx, de l'American Research Center en Egypte, nous avons identifié, dans nos dessins, les couches du Membre II, en donnant à chacune un numéro (et un chiffre romain pour les subdivisions) ; par exemple, Ii dénote le fond doux, IIi le sommet dur de la première couche du Membre II au-dessus du Membre I.

 

Les géologues Thomas Aigner et Lal Gauri ont étudié ces couches. Gauri a analysé des échantillons de leurs surfaces, au Stone Conservation Laboratory à l'Université de Louisville, afin de comprendre le mécanisme suivant lequel les couches s’érodaient, un processus qui a laissé au sommet un profil de saillies arrondies et au fond de chaque couche de profonds renfoncements.


Les bases des couches les plus basses (Ii, IIi et IIIi), qui sont les plus renfoncées, sont si tendres qu’à des endroits (tels que le côté intérieur de la patte avant gauche) vous pouvez émietter la pierre du bout de vos doigts. La surface des couches plus dures et saillantes s’écaille constamment par grands morceaux, comme des pommes chips géantes. Une forte rafale de vent envoie ces écailles cliquetantes de l’autre côté de la surface en pierre du Sphinx, après quoi plus d’écailles apparaissent sur la surface.


En 1978, lorsque nous avons effectué le premier nettoyage approfondi autour de la base du Sphinx, depuis que, à la fin des années 1920 et 1930, "la poussière" du Sphinx de ces chips désagrégées s'était accumulée autour de la base de la poitrine et les murs de roche de la fosse.

Aux endroits, le long du bord supérieur du dos du Sphinx, où les restaurateurs de 1926 ont versé le ciment gris dans les fentes et fissures, la pierre d'enceinte s’est écaillée plus loin, laissant le ciment en saillie.

Tandis que les géologues et restaurateurs ne peuvent pas s’accorder sur la cause de ce constant dépouillement de la surface du Membre II, ou sur les remèdes à apporter, chacun peut voir que cette érosion progresse quotidiennement. Schoch est conscient que si la même détérioration rapide s’est produite dans l'antiquité, il n’est pas nécessaire de reculer l'origine du Sphinx à 5.000 ans av. JC.

Les 1.100 ans entre Khephren et la première restauration importante, sous la 18ème Dynastie, ou même la moitié de ce temps, aurait suffit pour éroder le Membre II dans les profonds renfoncements derrière la Phase II de la maçonnerie de restauration.

 

Dans la version intégrale du Mystère du Sphinx, une production vidéo sur l'hypothèse de West-Schoch, relatée par Charlton Heston, Schoch esquive cette question : "mais l’érosion que je vois," dit-il, "est l’érosion antique... que nous voyions dans des réparations antiques, n’a rien à voir, et c’est un assortiment d’un ensemble de preuves différent de l’érosion moderne."

 

Schoch cite la pollution et "les pluies acides" comme des causes possibles pour l’érosion plus rapide, mais n'offre aucune donnée appuyant cette assertion. Étant donné que nous nous occupons des processus d’érosion (vent ou pluie) sur les mêmes couches de calcaire avec les mêmes qualités intrinsèques, l’érosion antique et moderne sur le Sphinx sont, en grande partie, blanc bonnet et bonnet blanc.


La roche des Membres I et II est aussi traversée par beaucoup de fractures ou joints, érodés par l'eau sous la surface créant des fissures. Celles-ci s’étendent dans la roche sur beaucoup de yards. Quand les joints se croisent près de la surface du Sphinx, ils isolent des morceaux de la taille d’un gros bloc qui tomberont finalement du corps s’ils restent sans soutien.

 

C'est précisément pourquoi le gros morceau de trois tonnes est tombé de l'épaule sud en 1988. De telles fractures arrivent partout sur le Plateau de Gizeh et ont été probablement créées aux périodes géologiques post-éocènes, où des forces régionales tectoniques ont soulevé la formation à Gizeh.

 

L'eau souterraine a dissous le calcaire le long des joints pour créer des canaux sous la surface et des cavités. Quand les carriers Egyptiens ont exploité la fosse du Sphinx, ils ont dû faire face à ces fissures et cavités. La plus grande et la plus problématique de celles-ci passe par la taille et entaille de plus de trois pieds le sommet du dos.

Elle s’étend verticalement sur 40 pieds entiers du corps du lion et pénètre dans le sol du Membre I. La Fissure Principale, comme nous l'appelons, est formée d'une série de joints plus petits, lesquels traversent cette partie de la formation géologique et s’étendent ensembles jusqu’au Sphinx. Elle peut être aisément retrouvée des deux côtés du Sphinx et à travers le mur de la fosse sud.

Sur certaines des photographies de West-Schoch, nous voyons West debout à l'intérieur de l'ouverture d'une des plus grandes fissures, dans les murs de la fosse du Sphinx. Il voudrait nous faire croire que c'est un élément principal d’une preuve de l'érosion par l'eau de pluie qui est survenu après la création du sphinx.

Nous sommes apparemment supposés croire que les autres joints sont aussi des particularités superficielles créées par les torrents d'eau de pluie se répandant sur les côtés du Sphinx et dans sa fosse.

 

Dans le Mystère, il y a un graphique des couches du Sphinx entièrement vierges de toute fissure verticale. L'eau de pluie coule alors sur le bord du mur de roche et creuse de ravines verticales, suggérant comment les fissures ont été créées. En fait, les joints existaient dans la roche, longtemps avant que les carriers antiques n’aient jamais modelé le Sphinx et sa fosse.

Que le scénario de télévision puisse avoir l’air convainquant, témoigne plus du pouvoir du graphisme vidéo animé que de la réalité de base. Schoch est conscient des études techniques qui discutent comment ces fissures ont été formées – il les cite dans ses articles. Mais dans l’intégralité du Mystère, il montre une fissure sur le mur sud de la fosse du Sphinx, "clairement formée par l'eau courant jusqu’au bas du mur, attaquant les points faibles."


Ensuite, Schoch et West montrent la façade de la tombe de Debehen, qui vécut sous la 4ème Dynastie. Ils prétendent qu'il a été taillé, ainsi que Charlton Heston le lit sur son téléprompteur, à partir d’"exactement les mêmes couches que le Sphinx," et que la façade est érodée par le vent.
La preuve, apparemment, en est l'angle pointu entre les couches saillantes plus dures et les renfoncements plus tendres. Schoch et West trouvent chronologiquement significatif que la tombe ait été érodée par le vent, prouvé par un profil angulaire, tandis que le Sphinx (déclarent-ils) a été érodé par la pluie, ce que démontre le profil arrondi.

Ainsi, leur théorie d’une civilisation perdue repose, en fin de compte, sur l'angularité. Schoch, cependant, ne montre jamais d’autres exemples d’érosion par le vent ou la pluie, afin que nous puissions juger par comparaison les profils de Gizeh.

 

S'il l’avait fait, nous serions alors intéressés de savoir comment il établit les taux d'érosion, afin de démontrer que le Sphinx a été construit entre 5.000 et 7.000 av. JC. Même si le Sphinx a été érodé par la pluie, Schoch ne démontre jamais pourquoi les ondées pendant les 4.500 dernières années ne seraient pas suffisantes pour arrondir les coins.

Nous avons été pris sous nombre d'averses, pendant notre travail à Gizeh au cours des 20 dernières années. Schoch doit présenter plus de preuves que quelques photographies et animations vidéos pour affirmer que ces des modèles différents d'érosion sont chronologiquement significatifs. Pour s’attacher simplement "à la morphologie de la roche" - c'est-à-dire "ce qu’elle paraît" - n'est pas suffisant pour nous convaincre des énormes ramifications que West et Schoch attachent à cette distinction.


L’autre problème dans la comparaison de Schoch, entre le Sphinx et exactement les mêmes couches dans la tombe de l’Ancien Empire, concerne l'emplacement des deux. Le Sphinx repose sur la partie la plus basse du plateau, à environ 63 pieds au-dessus du niveau de la mer et non loin de l’humide flot hostile du Nil qui se trouve aujourd'hui à environ 55 à 59 pieds au-dessus du niveau de mer.
Schoch ne dit pas à l'auditoire que ces couches de la tombe de Debehen sont beaucoup plus hautes et plus sèches, à 458 yards (plus de quatre terrains de football) dans le désert à l'ouest-sud-ouest du Sphinx, à une élévation entre 154 et 206 pieds au-dessus du niveau de mer.

 

Entre le Sphinx et la tombe de Debehen, il y a de nombreuses tombes de taillées dans le roc et, chose significative, une carrière béante en plein air de 250 yards de large, sur laquelle Kheops a probablement pris beaucoup de pierres pour sa pyramide. Etablir une corrélation stratigraphique des couches du Sphinx à la tombe de Debehen n'est pas aussi simple que Schoch, ou le scénario d'Heston, voudrait nous faire croire.
Les couches dans la tombe de Debehen ne sont pas, en fait, les mêmes que celles du Sphinx. Certes, toutes les couches à Gizeh font partie de la formation Mokattam, mais, du fond au sommet de la série, leur qualité varie considérablement. Commençant au bord de la chaussée de Khephren, qui se situe sur le côté sud de la fosse du Sphinx, on peut suivre les couches du Sphinx vers le sud-ouest.

 

Le sommet de la chaussée est formé par les couches 4 et 5 comme nous les avons numérotés dans le profil du Sphinx. Au sud de la fosse du Sphinx et de la chaussée, la surface offre une pente radicalement vers le sud. Il est alors possible de suivre les couches du Sphinx en bas de cette pente, en passant par la nécropole de tombes taillées dans le roc à l'ouest, vers Debehen, vous pouvez pister la couche 5 et ensuite la couche 6 (avec quelques trous entre des blocs de la carrière et les tombes).

 

Passant à l'ouest par cette carrière, qui fut ultérieurement transformée en nécropole de tombes taillées dans le roc, comme la surface du terrain s’élève, il devient évident que l'équivalent des couches du cou et de la tête du Sphinx, sont exposées de même que, plus loin à l'ouest, les couches qui se trouvent plus hauts, (c'est-à-dire, plus jeunes), dans la série de Mokattam que la tête du Sphinx.

 

Plus loin à l'ouest et plus haut en altitude, tout près du glaçage sur le haut du "gâteau des couches" de calcaire, les couches de la tombe Debehen sont plus jeunes, que celles du Membre II du Sphinx, qui se trouve tout au fond.


Schoch néglige aussi de mentionner dans ses présentations publiques le simple fait que des différentes couches de calcaire, comme celle de la tombe Debehen et celle du Sphinx, s’érodent de différentes façons. L'angularité et la rondeur de l’érosion des profils des roches sont dus autant au rythme auquel une couche se dégrade par rapport à une autre qu’aux différents facteurs d’érosion. En fait, entre Debehen et le Sphinx il y a des surfaces de roche de l’Ancien Empire avec à la fois des profils arrondis et angulaires.

 

Pour Schoch, afin de présenter un argument crédible à propos des modèles d'érosion et la date du Sphinx quant aux tombes de l’Ancien Empire, il doit offrir plus de preuves que la simple photographie d'une façade de tombe. Son argument doit au moins commencer par une corrélation stratigraphique détaillée qui démontre qu’il ne compare pas des pommes et des oranges.

Tant de facteurs peuvent affecter l'érosion d'une surface en pierre que la seule l'érosion des surfaces n'est pas une bonne base pour la datation de monuments en pierre, ou pour postuler de l'existence d'une civilisation disparue lors d’une quelconque période épipaléolithique ou néolithique.

Le traitement de West et Schoch de la preuve liant le Sphinx au complexe de la pyramide de Khephren est inexact. Ils montrent la construction à deux étapes des temples de Khephren, mais ne citent jamais les études architecturales détaillées de cette sorte de construction à Gizeh. Il n'y a pas le moindre doute que les grands blocs de calcaire centraux, au milieu des blocs de granit du parement des murs du temple ont été édifiés en même temps.

 

Aussi bien dans le Temple du Sphinx que dans le Temple Funéraire de la Pyramide de Mykérinos, il y a des moments d’arrêt total, où les constructeurs ont laissé le travail incomplet. Même aujourd'hui, vous pouvez voir où une équipe décorait derrière les murs bruts du noyau en calcaire, tandis qu'une autre, travaillant plusieurs yards derrière, posait le parement en granit. Les blocs de calcaire ne sont pas érodés sous le parement de granit intacte du Temple de la Vallée de Khephren. Là où les parements de granit demeurent in situ, la façade originale du bloc en calcaire du noyau est préservée derrière lui.


West et Schoch perçoivent que les murs sud et ouest de la fosse du Sphinx sont érodés plus en haut qu'au fond – l'effet, disent-ils, de l'eau de pluie repoussant une paroi rocheuse qui était à l'origine verticale.
Mais, en regardant l’extrémité orientale du mur sud, où une grande partie de la façade originale est toujours préservée, il est clair que les carriers antiques taillèrent la façade sur cette pente en premier lieu.

 

Quant au mur ouest, West et Schoch semblent s’être embrouillés dans leur propre argument. Selim Hassan, qui a fouillé autour du Sphinx en 1936, a indiqué que le canal de drainage, le long du côté nord de la chaussée de Khephren, commence dans le coin sud-ouest, à l'arrière de la fosse du Sphinx. Cela suggère que carriers antiques aient constitué celle-ci après la chaussée de Khephren.


Schoch croit cependant que l’argument d'Hassan est anéanti parce que l’arrière de l’enceinte du Sphinx a été creusé par Khephren cinq millénaires après l’époque des mystérieux bâtisseurs du Sphinx. En conséquence, l'arrière du mur ne devrait pas montrer de signe d’érosion pluviale parce que, dans la logique de West-Schoch, ça le ferait remonter à des milliers d'années avant Khephren.

Pourquoi, alors, voyons-nous Schoch dans la vidéo du Mystère caresser ce même arrière du mur de la fosse du Sphinx et le qualifier de parfait exemple classique de ce qui arrive à un mur de calcaire quand vous avez de la pluie y tombant à verse pendant des milliers d'années ?

Le géologue Robert Schoch prétend que l'angularité entre des couches renfoncées et saillantes sur la façade de la tombe de Debehen indique qu'elle a été érodée par le vent. Le profil arrondi du Sphinx, soutient-il, a résulté de l'érosion des eaux et prouve que la sculpture est beaucoup plus ancienne.

 

Les archéologues croient que la tombe comme le Sphinx ont été taillé sous la 4ème Dynastie (2575-2134 av. JC). La façade de la tombe – à l'origine le côté occidental de la carrière de Kheops, 459 yards à l'ouest du Sphinx et 75 à 141 pieds plus hauts que celui-ci – est taillée plus haut dans le substrat rocheux dans l'ordre géologique des couches que celles du Sphinx.


Les différents profils de l’érosion reflètent les différences dans les propriétés physiques des roches, pas l'âge des monuments. Schoch et West citent les rondeurs des saillies et des renfoncements dans le mur sud de la fosse du Sphinx comme la preuve d'une érosion pluviale, et croient que les fissures dans la roche ont été causées par l'eau de pluie après que le Sphinx ait été taillé.

La plupart des savants sont convaincus que les fractures ont été causées par des forces tectoniques et érodées par l'eau souterraine, longtemps avant que le monument ne fût élevé.


THEORIE D'UN SECOND SPHINX A GIZEH

Le second Sphinx de Gizeh

Traduit par Lastrajoli Jean-Pierre©

 L’année 2001 avait débuté avec les spéculations faites par un chercheur égyptien sur l’existence d’un second Sphinx sur le plateau de Gizeh, soulevant un débat parmi les archéologues:  

 

 (…) Dans sa récente conférence à l'Université Américaine du Caire, l’égyptologue Bassam AL-CHAMMÂ’ a montré qu'une photographie satellite du plateau de Gizeh faisait allusion à l'existence d'une sculpture semblable de taille et de forme à celles d'une créature avec des jambes antérieures allongées.

Sur un site Web ( http://www.geocities.com/SoHo/Cafe/7808/page1.html ), AL-CHAMMÂ’ explique en détail sa théorie du "Sphinx II". Il indique que, derrière le temple de vallée, au sud de la chaussée de la pyramide de Khephren, un autre sphinx a été élevé parallèlement à celui qui est visible aujourd'hui. Selon un texte hiéroglyphique, la plus grande partie du Sphinx II a été détruite par un "coup de tonnerre", qui a frappé ce secteur dans les temps anciens.

 

AL-CHAMMÂ’ base sa théorie sur la croyance des anciens Egyptiens, dans la dualité de la nature et leur utilisation de la symétrie dans leur art et leur architecture pour symboliser l'harmonie. Cette croyance remonte à l'aube de l'histoire pharaonique.

Selon un papyrus trouvé à Héliopolis, dans la mythologie de l’ancienne Egypte, quand Atoum a créé la Terre, il transforma son fils et sa fille en lions, afin de transporter le soleil de l'est à l'ouest, pendant le jour, et de l'ouest à l'est, autour de l'autre côté du monde la nuit.

 

A partir de là, s’est développé l'idée que les lions protégeaient les creux par lesquels le soleil lève et se couche. Ca pourrait expliquer pourquoi il y a deux rangées parallèles de créatures à tête de bélier, aux entrées des temples de Karnak et Louxor, et pourquoi il pourrait y avoir eu deux sphinx à Gizeh, qui, selon la théorie, est le seul lieu où le soleil se couche entre les pyramides de Khephren et Kheops, gardé par un lion, le sphinx visible 

La nouvelle preuve, dit AL-CHAMMÂ’, de trouvait dans la Stèle du Rêve mise en place par Thoutmosis IV, entre les pattes antérieures du Sphinx. La stèle représente deux sphinx de tailles semblables. Devant la première statue on voit Thoutmosis portant la couronne de guerre et offrant de l’encens et de l'eau sacrée.

Couronné du némès, le roi est debout devant l’autre sphinx, portant l’eau sacrée et l’aspergeant avec ses mains. Cela démontre que le roi exécutait deux cérémonies différentes d'adoration appropriée à chaque sphinx.

 

Qu'est-il arrivé à l'autre sphinx ? AL-CHAMMÂ’ suggère que la réponse doive être trouvée dans une stèle en calcaire, qui a été retrouvée à côté du Sphinx et qui est maintenant exposée au Musée Egyptien. Le texte de la stèle dit qu'un coup de foudre a endommagé une partie du sphinx.

Selon la traduction du texte de la stèle par l'archéologue Selim HASSAN, la même foudre a aussi frappé un platane dans le voisinage et Kheops s’est déplacé sur le site pour superviser la réparation.

Ceci met en lumière deux faits ignorés par les archéologues. Premièrement, le coup de foudre a détruit la plus grande partie du sphinx II. Deuxièmement, Kheops a fait effectuer un entretien sur le sphinx. Donc Khephren, qui a succédé à Kheops, n'a pas pu construire le sphinx, ce qui implique qu'il pourrait avoir été sculpté environ il y a 10.000 ans.

 

AL-CHAMMÂ’ est conscient que les fonctionnaires de l'Autorité des Antiquités Egyptiennes ne veulent pas l'écouter parce qu'il n'est pas un professeur d'université.

En attendant le professeur Mohamed EL-KAHLAWI reconnaît qu'il pourrait y avoir un second sphinx, en raison des principes de dualité dans la religion pharaonique. Il a dit que n'importe quelle théorie est digne de respect tant qu’elle n’est pas infirmée.

 L'archéologue Yassin ZEIDAN conteste qu'il y eut deux sphinx, indiquant que les bâtisseurs des pyramides ont fait le sphinx dans un souci d’équilibrer la forme des pyramides. (Manal ABDUL AZIZ, «Archaeological evidence points to second sphinx at Giza», The Egyptian Gazette du 14 janvier 2001) 

Mais Zahi HAWASS conteste énergiquement cette annonce :

 

«Si ce chercheur possède vraiment une photo satellite de la NASA confirmant l’existence d’un rocher enfoui [à cet endroit]…Pourquoi ne nous la montre-t-il pas ?… Comment le Sphinx peut-il être âgé de dix mille ans ?… Un écrivain italien, non-spécialiste, avait publié un ouvrage dans lequel il avance l’existence d’un second sphinx sur le plateau de Gizeh. Par la suite, un guide touristique égyptien dénommé Bassâm AL-CHAMMÂ’ a repris cette hypothèse dans un ouvrage qu’il a publié en arabe». (Wafâ’ CHAÎRA, «À la recherche du sphinx numéro 2», Ruz al-Yûsuf du 6 janvier 2001).

 

Commentaire personnel : A noter que, si l'article est toujours en ligne, aucune preuve n'est venue depuis  étayer les dires de Bassâm Al Chammâ', soient presque 6 années de silence. Pourquoi en parler, me direz-vous ? Pour savoir et éviter que cette annonce soit présentée ailleurs sous un jour faussement meilleur.

DES PYRAMIDES EN PIERRE RECONSTITUEE ?

Pyramides, l'hypothèse des fausses pierres

(NB : je mentionne cette hypothèse parce qu'elle existe et non parce que j'y crois. Ahmosis)

"Du haut de ces pyramides, quarante siècles vous contemplent", s'écriait Bonaparte lors de la campagne d'Égypte.  Il aurait pu ajouter : et vous narguent.  Car ces édifices érigés quelque 2500 ans avant notre ère par les Égyptiens pour exalter la grandeur de leurs pharaons ne défient pas que le temps.  Après tant de mystères concernant leur architecture, le secret même de leur construction résiste encore à la sagacité des spécialistes.

Nul ne peut en effet se vanter aujourd'hui d'avoir déterminé de quelle manière exactement des hommes qui ne connaissent ni le fer ni la poulie sont parvenus à hisser des blocs pesant plusieurs tonnes jusqu'à 146 mètres de hauteur. Certes, plusieurs thèses rivalisent pour expliquer un tel prodige, mais aucune ne remporte véritablement l'adhésion et la question demeure à l'heure actuelle toujours ouverte.

Et si l'explication était tellement simple que personne n'avait osé l'envisager sérieusement ? Par exemple, si les Égyptiens n'avaient pas taillé et convoyé les blocs, mais les avaient... coulés sur place ? Autrement dit, si les pyramides d'Égypte étaient bâties en pierres moulées ? Les maçons de l'époque auraient mélangé du sable ou de la poudre de pierre à un liant, avant de délayer la préparation, de la couler dans un moule, de la faire sécher, puis de démouler le bloc à son emplacement définitif. Ils auraient ainsi façonné chaque assise pierre par pierre et, sur la surface obtenue, auraient ensuite démoulé les blocs de l'assise supérieure. Voilà qui changerait tou.
Cette idée folle, un architecte l'a eue en examinant soigneusement la disposition des pierres de plusieurs pyramides. Son hypothèse, présentée dans un livre publié par les éditions Unic (Joël Bertho, La pyramide reconstituée), semble à première vue extravagante. II n'empêche, les premières analyses physicochimiques d'échantillons prélevés sur une pyramide égyptienne ne lui donnent pas tort. Incroyable ?

 


DES ÉLÉMENTS TROUBLANTS

 
Joël Bertho est celui par qui le scandale arrive. D'autant plus qu'il ne fait pas partie du sérail des égyptologues... Mais les pierres coulées, il connaît: architecte designer, il travaille en ce moment sur la conception du futur parc scientifique Univers Tropical, à Montpellier. Spécialiste du décor en trompe-l'oeil, il est bien placé pour savoir que l'apparence des matériaux n'en reflète pas toujours l'exacte nature.

Et qu'il est facile de faire passer du béton ou du mortier pour de la pierre taillée, aux yeux d'une personne non familiarisée avec les géopolymères. Quand on sait que les bâtisseurs des pyramides maîtrisaient la fabrication du plâtre et de certains mortiers et qu'ils savaient faire des briques en moulant de l'argile mélangée à de la paille, voilà qui donne un certain relief à son intuition.

C'est lors d'un voyage en Égypte que cet homme jovial a trouvé particulièrement intrigant l'agencement des blocs qui composent la pyramide de Chéops. Dans les parties de la Grande Pyramide épargnées par le temps, d'énormes pierres sont en effet assemblées avec une telle précision qu'une feuille de papier à cigarette ne pourrait se glisser entre elles. Leurs joints sont invisibles ; et leur ajustement, parfait, a dû demander un ciselage d'une grande précision.

Les artisans égyptiens sont même parvenus à faire coïncider des bords convexes et concaves. Une tâche très délicate, y compris pour les machines de découpe pilotées par ordinateur, précise Joël Bertho. L'état des pierres constitue un autre sujet d'étonnement. De fait, leurs angles restent nets et leurs arêtes tranchantes, tandis que leur surface est si lisse qu'elles ne semblent pas avoir été convoyées, mais apprêtées sur place.
Un petit nombre d'entre elles présentent deux stries parallèles dans lesquelles Joël Bertho voit des traces de coffrage. Pour l'architecte designer, le verdict paraît évident: « Cette facture évoque plus le mortier trituré ou balayé que la pierre taillée.


L'examen du dallage qui entourait la pyramide va achever de le convaincre. Les pierres en calcaire fin reposent sur le socle rocheux du plateau de Gisa. Or, leur bord inférieur épouse parfaitement le sol, au point d'en combler la moindre faille. 

Pour reproduire en négatif aussi fidèlement le relief de leur support, il aurait fallu soulever plusieurs fois ces dalles monstrueuses pour les polir sur leur face inférieure et vérifier leur ajustement. Une tache bien fastidieuse, qu'aucune considération architecturale ne justifie. Mais si on coule du béton dans un moule posé sur le sol, la pierre liquide se glisse dans le moindre interstice...


Dernier élément troublant, chaque dalle possède sa propre hauteur. Une apparente négligence qui cadre mal avec un appareil de construction où tout serait calibré au millimètre près. Sauf si l'on envisage que l'assise supérieure compensait la disparité des niveaux par moulage. L'hypothèse laisse les égyptologues fort sceptiques.

 Pour Audran Labrousse, directeur de la mission archéologique française de Saqqarah, l'argument n'est même pas recevable. Selon le chercheur du CNRS, architecte de formation, cette assise reposait sur un sous-dallage plus grossier qui s'appuyait lui-même sur un "hérisson"- un mélange de petits cailloux et de boue égalisant la roche mère. "Les dalles sont de niveau irrégulier là où le sous-dallage apparaît, précise-t-il. Et l'activité sismique de la région peut également expliquer ces différences de niveau."


UN PUZZLE DE 2 300 000 PIÈCES...

 


 

Joël Bertho souligne que la disposition des pierres des bâtiments est elle-même insolite. Les pyramides ne sont pas des empilements de cubes ou de parallélépipèdes droits. Les pierres présentent souvent des angles irréguliers, ce qui ne les empêche pas de s'emboîter parfaitement les unes dans les autres.

Il insiste aussi sur la complexité des imbrications, montrant que l'ajustement d'un ensemble de blocs repose parfois sur une seule pierre, de taille modeste, très anguleuse et de forme compliquée. De tels arrangements nécessitent de la part des bâtisseurs égyptiens un travail minutieux qui s'apparente à de la sculpture.

Or, la quantité de pierres mises en oeuvre pour édifier la pyramide de Chéops défie l'imagination : 2300000... Chacune pesant en moyenne de 2 à 3 tonnes, les plus lourdes, comme celles qui constituent le plafond de la chambre du roi, atteignant même plusieurs dizaines de tonnes.


Les égyptologues s'accordent à penser que la pyramide fut construite en une vingtaine d'années, sous le règne de Chéops (de son nom égyptien Khoufou). Les ouvriers auraient-ils pu prendre le temps de modeler chaque pièce de ce puzzle aux imbrications complexes? Audran Labrousse en est persuadé. Et s'enthousiasme :

« Imaginez la grande pyramide au temps de sa splendeur: un monument immatériel, d'un blanc éblouissant, coiffé d'un pyramidion doré renvoyant la lumière. Pour obtenir cet effet unique, le parement a dû faire l'objet de soins extraordinaires. La moindre épaufrure, le plus petit éclat dans la pierre a nécessité de l'évider, d'y incruster de façon invisible un raccord parfois pas plus gros qu'un timbre poste. Tout ce qui se voyait a été ravalé de façon parfaite. »

Si cette attention extrême ne s'étendait pas aux pierres dérobées à la vue, l'agencement de certaines d'entre elles n'en est pas moins admirable...


Jean-Pierre Adam, de l'Institut de recherche sur l'architecture antique, est plus définitif encore. Selon lui, l'hypothèse que la première merveille du monde soit faite de blocs en toc est une franche "guignolade" ! La preuve: on connaît parfaitement la provenance de chaque type de pierre utilisée par les Égyptiens. Celles de parement ont été extraites des carrières souterraines de Tourah, situées à quelques kilomètres. Elles recouvraient les pierres d'appui, un calcaire siliceux qui provient du plateau de Gîsa.

En outre, elles reposent sur des gradins dont la pierre jaune est de même origine. Quant au granite des chambres funéraires, il est issu des carrières d'Assouan, situées beaucoup plus au sud. Les ouvriers ont comblé les vides en déversant à l'intérieur de la pyramide les chutes de chantier (fragments de briques, gravats, boue, mortier ayant servi à faire les joints).

 
Rien ne dit cependant que cette hétérogénéité des matériaux, liée à leur fonction dans l'édifice, contredise la présence de pierre artifielle. Ne peut-on imaginer une combinaison de structures naturelles et synthétiques ?

 


ARTIFICIELLES ou NON ?

 
« Je ne vois pas pourquoi les Égyptiens se seraient compliqué la tâche en fabriquant de la pierre, alors qu'ils en avaient à revendre. Quant à leur outillage, même rudimentaire il était suffisant pour travailler la roche calcaire », tranche Jean-Claude Golvin, lui aussi architecte et directeur de recherche au CNRS (Institut Ausonius).

Les ouvriers égyptiens maniaient leviers et maillets en bois, pics et marteaux en basalte ou en dolérite ; les pierres étaient découpées à l'aide d'un mélange abrasif de sable et d'eau et d'une scie en cuivre, puis modelées avec un ciseau du même métal. Ces outils ont laissé des traces visibles sur les blocs des pyramides de Saqqarah...

De plus, des peintures murales comme celles de la tombe de Rekhmirê (chef des artisans au Nouvel Empire) nous éclairent sur la technique des Égyptiens. Elles ne laisseraient aucun doute sur les procédés employés.

"Pas sûr, rétorque Joël Bertho. On y voit des artisans mouler des briques de couleur beige. Or, ces dernières étaient généralement façonnées avec un limon du Nil noirâtre, répondant au nom de khemet. Pourquoi ne s'agirait-il pas ici de pierres artificielles?"


Qui a raison? L'analyse de la composition chimique et de la structure minéralogique des pierres des pyramides pourrait seule le dire. Un laboratoire est déjà sur la brèche.

 Commentaire d'Ahmosis

 

Je vous invite à lire le livre de Dormion intitulé (pour des raisons purement commerciales) La chambre de Khéops (quelques pages sur le sujet à la fin) et qui aurait dû se nommer Etude architecturale de la pyramide de Khéops.


Il apparaît clairement que les pierres ont été taillées et ajustées et qu'il y a des chevauchement dûs à des erreurs. Nous sommes bien en face de pierres taillées et non moulées. Davidovits est un malin. Ca se vend bien, mais ça ne tient pas la route. A classer au même rayon que les
extra-terrestres et les Atlantes (pour les pyramides).


Je suppose que les carrières que l'on trouve non loin des pyramides ont été creusées et évidées, puis remplies avec des déblais provenant des rampes, juste pour brouiller les pistes.
Quels malins ces Egyptiens !

Combien de temps pour que la pierre reconstituée puisse supporter une charge ? Trois semaines ? Plus ? Où est le gain de temps dans ce cas-là ?


Pour Khnoum et Amon, je n'ai pas abordé le sujet (Leclant a déjà signalé que la rivalité entre les deux dieux n'existe pas, puisque le dieu dont Amon a triomphé est Montou).

Nous n'avons pas des blocs sortis d'un moule, mais de tailles tout à fait variables. Par pitié des preuves, plus de théories ! Il y aurait de quoi remplir des bibliothèques entières avec les théories.

Il y a des traces de rampes à Gizeh, et les ouvriers (leurs squelettes du moins) présentent de telles déformations au niveau des vertèbres, qu'il est plus aisé de concevoir qu'ils se sont éreintés à tirer des pierres déjà fort pesantes et non les matériaux pour reconstituer des pierres.


Ca reste une hypothèse à démontrer. Jusqu'à preuve du contraire, c'est à ranger entre les théories des pyramidiots et les théories sérieuses de savants chevronnés.

 
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